| Mondialement célèbre, méconnu en France, Tomi Ungerer accède enfin à la reconnaissance officielle, chez lui, à Strasbourg. Cette icône alsacienne devient le seul artiste français à se voir consacrer un musée de son vivant. |
Tomi Ungerer : le sacre d'un génie de l'illustration |
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« Il y a toute ma vie. Le fantôme a trouvé son opéra »... Avec la causticité intacte qui constitue sa griffe, Tomi Ungerer a ainsi commenté l’inauguration de son propre musée, dans la ville qui l’a vu naître le 28 novembre 1931.
Tôt orphelin d’un père fabricant d’horloges astronomiques, il exerce un talent précoce en caricaturant l’occupant hitlérien à la manière de Hansi ou de Gustave Doré. Une appréciation scolaire le décrit comme un enfant doué « d’une originalité voulue, perverse et subversive ». Le « compliment » est repris aujourd’hui sur le site officiel de l’artiste.
A la Libération, vécue par lui comme un « cruel moment de désillusion », il s’évade. Dix ans de vagabondage du cap Nord au Sahara, où il se fait un temps méhariste, lui servent d’université. Avec un crochet par les bancs des Arts déco de Strasbourg.
1956, cap sur New York : il débarque avec 60 dollars en poche. 1957, la gloire. « The Mellops go flying », la saga à succès d’une famille de petits cochons lui assure un décollage « météoritique » au rayon jeunesse. Parallèlement, il exerce son esprit de subversion dans la presse new-yorkaise d’Esquire au New York Times.
En 1975, il conquit l’Allemagne, cette fois grâce à la publication de Das grosse Liederbuch, un recueil qui réhabilite les chansons populaires polluées par le nazisme.
2007. 50 ans d’une carrière internationale et 30 000 ou 40 000 dessins plus tard, une incroyable œuvre protéiforme se partage schématiquement en deux grandes tendances. Côté Jekyll, des dizaines de best-sellers pour enfants. Côté Hyde, une veine satirique, acide et érotique destinée à l’« Enfer » de l’actuel musée. Ainsi quand Tomi collectionne et fabrique des jouets, Ungerer dessine les Domina sado-maso des maisons closes de Hambourg. Les deux pôles d’un génie singulier qui propulse la grande tradition rhénane de l’illustration sur la scène mondialisée.
A la veille d’une muséification désirée par Tomi Ungerer, l’enfant terrible n’a pas perdu de son mordant. Sa dernière provocation ? Le « plus gros derrière du monde » : un pastiche du Taj Mahal, surmonté d'une coupole rose en forme de fesse, en guise de toilettes publiques à Plochingen en Allemagne. Tollé de la communauté musulmane. Tomi, qui réside en Irlande, a dû revoir la copie d’Ungerer.